Réflexion sur le sens (possible) de la maladie

19/05/2019
Réflexion sur le sens (possible) de la maladie
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Être un héros, le premier besoin de l’homme et de la femme, selon Otto Rank

Le psychanalyste Otto Rank a expliqué que le principal besoin de l’homme et de la femme était d’être un héros [1].

Héros dans son pays, sa ville, sa rue, sa maison, sa famille, sa chambre, ou même simplement dans son imagination : peu importe.

Il faut qu’il soit quelque part le héros de quelqu’un.

Si vous n’êtes le héros de personne, pas même de vous-même, alors vous vous sentez forcément submergé de sentiments négatifs.

Héros imaginaire

Depuis la nuit des temps, les hommes se racontent des histoires, des mythes, où des héros affrontent des monstres, des dragons, des épreuves en tout genre, y compris des épreuves intellectuelles (les énigmes posées à Œdipe par le Sphinx).

Rien n’a changé aujourd’hui.

Nous passons un temps incroyable dans notre vie à suivre les histoires de James Bond contre les méchants, de Pinocchio contre la baleine Monstro qui a mangé son père, du Petit Poucet contre l’ogre, de Tom Cruise contre ses ennemis dans Mission Impossible, d’Harry Potter contre Voldemort, d’Indiana Jones contre les pilleurs de tombes, etc., mais aussi les aventures tout aussi fantaisistes de nos politiciens, sportifs, têtes couronnées et célébrités diverses.

Nous nous intéressons à ces histoires, elles font battre notre cœur, nous font tout oublier, parce que nous nous assimilons au héros par l’imagination.

Nous sommes dans sa peau et nous menons son combat, de façon imaginaire. Le triomphe du héros, qui transforme une situation désespérée en une victoire, nous procure la joie la plus intense.

Avoir un bon ennemi, indispensable pour devenir un héros

Petit problème : pour être un héros, il faut avoir un ennemi.

L’ennemi permet au héros d’exister. C’est lui qui va révéler sa force, son habileté, son intelligence, son courage. Hercule ne serait rien sans ses douze travaux.

Les ennemis, ou les épreuves, nous sont indispensables pour exister. Sans défis, sans combats, sans défaites, nous aurions tous la psychologie d’un enfant colérique de 3 ans, qui n’a pas encore appris à maîtriser ses émotions, à dominer ses frustrations.

Les épreuves nous construisent et nous permettent de révéler nos forces aux autres, mais aussi, plus important encore, de les révéler à nous-mêmes. Nous faire prendre conscience de notre force et de nos pouvoirs, que nous ignorions.

Avoir des ennemis est nécessaire pour nous transformer en héros.

Plus l’ennemi est implacable, plus il nous oblige à puiser dans nos talents cachés, à les exprimer, pour les faire advenir dans le monde réel.

L’ennemi, en dépit des apparences, est donc en réalité notre allié. Il nous sert de marchepied, ou plutôt de tremplin, sans lequel nous n’aurions jamais pu triompher.

À petit ennemi, petit héros

À petit ennemi, petit héros. À grand ennemi, grand héros.

Nous avons toute notre vie pour apprendre à mieux combattre. Comme le samouraï qui affronte des ennemis de plus en plus redoutables, comme le karatéka qui passe la ceinture jaune, puis l’orange, la verte, la bleue, la marron et enfin la noire, nous devenons meilleurs dans le combat.

Pour nous préparer au combat… ultime.

Celui de la maladie et de la mort.

Le philosophe Michel de Montaigne disait avoir passé toute sa vie à se préparer à mourir : « Philosopher, c’est apprendre à mourir. »

Qui peut prétendre y parvenir ? Qui peut réussir comme un autre grand philosophe, Socrate, à être tellement sage qu’il n’a plus peur de rien, qu’il peut affronter la mort sans trembler ?

Socrate, raconte-t-on, fut condamné à mort et passa ses derniers moments à réconforter ses amis. Le voici, dans ce beau tableau du peintre David, le doigt levé, dans sa toge blanche, les exhortant à sécher leurs pleurs :

Socrate est un idéal, bien sûr.

Mais j’ai connu des personnes particulièrement avancées en sagesse, qui sont parvenues à voir leur grave maladie comme une épreuve leur permettant de progresser encore.

C’était impressionnant.

Faisons de notre mieux, mais sans non plus être trop sévères avec nous-mêmes.

La personne qui n’a pas connu l’épreuve du feu et n’a pas encore eu le temps de mûrir ne pourra pas, bien sûr, voir le côté « positif » du cancer. Elle se laissera facilement détruire par cet ennemi trop violent pour elle. Mais il est important de savoir, au moins en théorie, que cela est possible, même si cela paraît extrêmement difficile.

Cela permet d’envisager toutes les épreuves de la vie comme, potentiellement, une occasion de progresser. Même quand nous ne voyons aucune lumière au bout du tunnel, il est bon et réconfortant de savoir que c’est peut-être seulement à cause de nos yeux, qui ne voient pas assez bien.

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

 

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Commentaires sur l'article
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Schaeffer
Schaeffer

Bonjour. Je viens de lire votre article sur la nécessité, d’après vous, que nous soyons tous des « héros », mais votre réflexion est discutable. Ainsi nous aurions-tous BESOIN d’ennemis ? Plutôt vicieux comme raisonnement, non ? Comme s’il n’existait pas d’autre voie d’évolution… Vous tablez ensuite que les épreuves nous font… Lire la suite »

Demanze Gabrielle
Demanze Gabrielle

C´est bien de nous signaler qu´il existe des solutions autres que celles de la médecine traditionnelle mais c´est tout de même moyennant finance, à savoir souscrire un abonnement. Et que fait-on quand on est dans l´impossibilité de le faire à cause d´une mauvaise, très mauvaise situation financière ? On continue… Lire la suite »

Claude SCHNEIDER
Claude SCHNEIDER

Merci, Jean-Marc, pour vos articles si empreints d’humanité, de compassion et de bon sens ! Puis-je, pour celui-ci, vous suggérer que la mort et la résurrection du Christ (selon la Bible), donne quand même une autre dimension à ce combat normal face au déclin inéluctable de nos corps, aboutissant à… Lire la suite »

Nathalie B.
Nathalie B.

Bonjour, très belle lettre, qui m’a fait réaliser sans aucune prétention ni préjugés, que je ne fais pas parti de la majorité des gens, qui s’intéresse, se compare aux héros, ni s’imaginent ou cherchent à être un héros. La vie des politiciens, stars, V.I.P., etc, ne m’intéresse aucunement. En effet… Lire la suite »

Ottavio Ianni
Ottavio Ianni

La mort étant un « changement de phase » il faudrait s’en apprivoiser dès que faisable, cela nous permettrait de mieux philosopher sur les qualités humaines et de la vie pour les faire évoluer en synergie engendrant, ainsi, un cercle vertueux infini.

Ravon
Ravon

très bonne réflexion sur le sens des épreuves. Concernant l’épreuve de la maladie en particulier cela nous mène plus loin sur la place de la maladie dans notre vie. Beaucoup de gens ne rencontrent leur corps, donc eux-même, qu’à travers la souffrance et la maladie. Apprenons à nous connaître, et… Lire la suite »