Le grand retour des végétariens

21/10/2016
Le grand retour des végétariens
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Léonard de Vinci était végétarien. Il ne comprenait pas pourquoi ni comment les hommes acceptaient de se transformer en « cimetières à animaux », en absorbant tous ces animaux morts, dans leur assiette :

« Homme, si vous êtes vraiment, comme vous le décrivez, le roi des animaux – j’aurais dit plutôt le roi des brutes, la plus grande de toutes ! –, pourquoi prenez-vous vos sujets pour satisfaire votre palais, pour des raisons qui vous transforment en une tombe pour tous les animaux ? […] La Nature ne produit-elle peut-être pas en abondance des aliments simples ? Et si vous ne pouvez pas vous contenter de tels aliments simples, pourquoi ne préparez-vous point vos repas en mélangeant entre eux ces aliments [d’origine végétale] de façon sophistiquée ? [1] »

Mais cela faisait très longtemps que les philosophes s’interrogeaient sur le bien-fondé, et la moralité, de manger des animaux.

Le premier végétarien dont on se souvienne

Le philosophe pré-socratique Pythagore (c’est-à-dire ayant vécu avant Socrate, donc avant le Ve siècle avant Jésus-Christ, à Athènes), dont on se souvient surtout aujourd’hui pour ses apports aux mathématiques, est le premier à avoir prôné le végétarisme.

Pour lui, manger des animaux était réservé aux dieux, à qui on offrait des victimes en sacrifices sanglants.

L’alimentation des simples mortels devait se composer de légumes. Ses disciples furent appelés les « légumistes ». Ce furent les premiers végétariens dont on se souvienne (car peut-être certains hommes préhistoriques, ou certains ancêtres de l’homme, étaient-ils herbivores, mais cela reste du domaine de la supposition).

Se contenter de légumes et de fruits, renoncer à la viande, au poisson, et parfois également aux œufs et aux produits laitiers, avait à l’origine une connotation morale, ou sacrificielle.

Ainsi les civilisations et les groupes sociaux qui prônent la retenue, la maîtrise de soi, une certaine forme de rigueur et de sobriété, ont-ils plus eu tendance à être végétariens.

Un acte moral

Chez les chrétiens, les jours de pénitence (vendredi, Carême, Avent) étaient marqués par l’interdiction de manger de la chair (animale). On mangeait donc « végétarien » ces jours-là, afin de se sanctifier, de progresser moralement et spirituellement.

Saint Benoît, qui fonda l’ordre monastique des Bénédictins en 529, imposa à ses moines un régime végétarien. L’ordre de la Trappe, dès sa fondation au XVIe siècle, s’opposa rigoureusement à la consommation de la viande, des œufs et des autres aliments d’origine animale. Aujourd’hui, l’Église adventiste du septième jour recommande fortement le végétarisme à ses membres.

Chez les hindous, les sikhs, les bouddhistes, le végétarisme est également associé à l’esprit de non-violence. Plus de 30 % de la population de l’Inde actuellement est végétarienne, sous la forme hindoue qui exclut les œufs.

Aujourd’hui, le débat fait rage !

Faire du bien en se faisant du bien

En Occident, le végétarisme est à la fois défendu comme l’option la plus éthique pour la planète, mais aussi directement pour la santé humaine, manger végétarien étant présenté comme meilleur pour la santé, indépendamment des bienfaits pour l’environnement.

S’il est possible d’être vertueux tout en se faisant du bien, il faudrait être bien bête pour dire non.

Or, sur le plan de la nutrition scientifique, le régime végétarien se défend très bien actuellement – même si on n’en parle pas beaucoup en Europe, et particulièrement peu en France, où les végétariens restent très minoritaires par rapport à nos voisins.

Dr Dean Ornish, la star californienne du régime végétarien

Le Dr Dean Ornish n’est pas très connu en Europe, mais c’est le Montignac, ou le Dr Cohen, de l’Amérique.

Il y a trente ans, il connut son heure de gloire lorsqu’il utilisa un régime végétarien et pauvre en graisses pour traiter ses patients souffrant de maladies cardiovasculaires.

Toutes les vedettes de Hollywood se précipitaient chez lui. Vous vous en souvenez, c’était les années 1980 quand on nous expliquait de fuir toutes les graisses animales, de manger notre salade sans vinaigrette, notre pain sans beurre, du pain complet, des produits 0 %, de manger de la margarine végétale.

Le Dr Ornish était à la pointe de ce mouvement : chercheur à l’université de Californie, il fut l’un des pionniers du « Lifestyle Heart Trial », une étude clinique rigoureuse, de long terme, qui montra que des changements des habitudes de vie pouvaient améliorer l’état de santé des personnes atteintes de maladies coronaires de manière spectaculaire, sans recours à la chirurgie ni aux médicaments anti-cholestérol.

Son régime consiste à manger beaucoup de fruits, de légumes et de céréales complètes, avec une supplémentation en vitamine B12 et en oméga-3.

Viandes, graisses, alcool, sucres simples et produits laitiers doivent être évités au maximum.

Le régime végétarien est riche en facteurs nutritionnels protecteurs contre les maladies coronariennes (des artères qui irriguent le cœur), dont : les antioxydants, les fibres solubles, les folates, les vitamines et les provitamines (caroténoïdes et flavonoïdes), et un bon rapport d’acides gras oméga-6/oméga-3.

Ce régime est aussi pauvre en cholestérol, graisses saturées et acides gras trans.

Au sujet du gras

Je reconnais que le Dr Ornish paraît un peu « dépassé » sur le sujet des graisses et du cholestérol.
Les études les plus récentes montrent que les graisses saturées et le cholestérol ne sont pas un poison, qu’elles ont au contraire un rôle important à jouer dans l’organisme, notamment pour la fabrication des hormones.
Dans un article publié dans l’American Journal of Clinical Nutrition, des chercheurs ont analysé 21 études qui ont suivi près de 350 000 hommes et femmes pendant vingt-trois ans. Ils ont constaté que ceux qui mangeaient le plus de graisses saturées n’avaient pas plus de risques que les autres de succomber d’un infarctus, de maladies cardiaques ou cardiovasculaires [2].
Le problème de ce régime est avant tout qu’il est difficile à tenir sur le long terme. Les personnes souffrent de la faim, se lassent de manger des aliments qui manquent de goût. La graisse est très importante pour retenir et mettre en valeur les arômes et parfums. Vous vous en apercevez quand vous vous renversez de la viande en sauce sur vos vêtements.
Cependant, les recherches et les débats sont loin d’être terminés sur ce sujet. En ce qui me concerne, je pense qu’un régime sans graisse et riche en légumes peut être salvateur et même incontournable en phase d’attaque pour les personnes souffrant d’un fort surpoids, d’obésité et de problèmes cardiaques.
Avec le régime Ornish, les études ont montré une forte amélioration du poids, une baisse de la pression artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque au repos, et une meilleure qualité de vie, dont un meilleur moral.
Mais ce qu’avait compris le Dr Ornish de très important, et les végétariens également, c’est que le régime alimentaire seul ne suffit pas. Pour être efficace pour la santé, il doit s’accompagner d’une bonne gestion du stress, d’exercice physique modéré et de soutien émotionnel.

Avec le régime, le soutien émotionnel

Pour le Dr Ornish, la plus grave menace pour les patients en surpoids, obèses, malades du cœur ou diabétiques est d’abord… le risque de solitude et d’isolement.

« La médecine actuelle a tendance à se focaliser sur les aspects physiques et mécaniques : médicaments, opérations chirurgicales, gènes, microbes, cellules, molécules, explique-t-il. Cependant, aucun facteur n’a plus d’impact sur la qualité de vie, le risque de maladie, et le risque de décès précoce, que la solitude et l’isolement : ni le régime, ni le tabac, le sport, le stress, la génétique, les médicaments, la chirurgie. [3] »

Selon le Dr Dean Ornish, l’amour et l’intimité – notre capacité à nous connecter avec nous-même et avec les autres – sont à la racine de notre bien-être et notre meilleur rempart contre la maladie. Si nous en manquons, c’est ce qui ultimement nous rendra triste, malheureux et malade. Mais avec du soutien et de l’amour, nous pouvons guérir.

« Si un nouveau médicament avait une telle efficacité, tous les médecins du pays le recommanderaient pour tous leurs patients. Ce serait une faute professionnelle de ne pas le prescrire. Et pourtant, à de rares exceptions près, nous, les médecins, n’apprenons pas grand-chose pendant nos études sur la puissance de guérison de l’amour et de l’intimité. [4] »

 

Les maladies spirituelles et émotionnelles du cœur

Le Dr Ornish estime que la plus grande épidémie en Occident, ce ne sont pas les maladies physiques du cœur, mais également ce qu’il appelle « les maladies spirituelles et émotionnelles du cœur ».
Le profond sentiment de solitude, d’isolement, d’aliénation et de dépression qui est si répandu dans notre culture correspond à l’effondrement des structures sociales qui nous procuraient autrefois du sens et le sentiment d’être relié à une communauté. Il estime que c’est là la cause de la maladie, du cynisme et de la violence dans notre société.
Nous sommes des créatures sociales, faites pour vivre ensemble. Les personnes, les sociétés et les cultures qui ont appris à prendre soin les uns des autres, à cultiver l’amour mutuel et à nourrir les relations interpersonnelles riches sont celles qui ont pu perdurer pendant des centaines de milliers d’années.
Dans notre culture, l’idée de consacrer du temps à prendre soin des autres et à animer une communauté est devenue de plus en plus rare, au point de mettre notre survie en danger.
C’est pourquoi son programme « végétarien », qui commence donc par éviter de heurter les animaux, inclut également la consigne, pour ceux qui le suivent, de :

  • Passer plus de temps avec leurs amis et leur famille ;
  • Améliorer leurs capacités de communication ;
  • Participer à des échanges en groupe, avec les autres personnes qui suivent le régime Ornish pour des raisons de santé ;
  • Travailler sur le pardon (reconnaître ses fautes, apprendre à demander pardon, obtenir la réconciliation) ;
  • Développer son esprit de service, d’altruisme et de compassion avec ceux qui souffrent ;
  • Suivre une psychothérapie ;
  • Pratiquer la méditation ;
  • S’engager dans des activités communautaires.

Il s’agit donc d’un programme global pour améliorer la santé mais aussi la joie de vivre et retrouver ainsi du sens dans l’existence.
Et comme vous pouvez l’imaginer, je soutiens cette démarche à 1 000 % !
À votre santé !
Jean-Marc Dupuis

 

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Commentaires sur l'article
''Le grand retour des végétariens''

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LORIDAN
LORIDAN

C’est comme les religions …
Soyez végétariens si vous voulez, mais n’embêtez pas les autres

Lahlou leila
Lahlou leila

Merci pour tout vos message en chacun on trouve une source d information bénéfiques !! Mille fois merci

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[…] (Source : Santé Nature et Innovation) […]

Anne Marie Campana
Anne Marie Campana

Cher Dr Dupuis
Je ne puis que vous remercier et vous félicitez pour le bon sens et le travail dont vous vous chargez pour nous donner à chaque lettre les informations si précieuses. Merci ! Continuez encore si possible. a.m.c.

christian
christian

Bonjour

Pythagore, le premier à avoir prôné le végétérianisme ? Vous oubliez l’Inde et l’Orient.

Bien à vous

GUYOT
GUYOT

Bonjour, Est-il sincèrement possible de vérifier si le grand Pythagore fut le premier à avoir encouragé le végétarisme ? l’essentiel, étant que ce grand génie Pythagore était lui-même végétarien par éthique, non seulement il était un génie mathématicien mais aussi un très grand Maître de Sagesse. En encourageant la pratique… Lire la suite »

Brigitte D3las
Brigitte D3las

Pourquoi aller chercher aux Usa ce que nous avons de bien en France : Claude AUBERT a comparé y a plus de 30 ans les avantages des aliments vegetariens et de l’agriculture biologique dans ses ouvrages « une autre assiette » et « les 9 grains d’Or »… j’ai vu que ses ouvrages ont… Lire la suite »