Les plantes des Indiens d’Amérique

22/07/2016
Les plantes des Indiens d’Amérique
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Débarqués en Amérique, les colons anglais furent effrayés par les tortures mais aussi par la médecine de ce qu’ils appelaient les « Peaux-rouges ».

Mêlant l’usage des plantes au chamanisme, la religion et la magie, ils estimaient que cette médecine était diabolique.

Pas question de se compromettre avec ces pratiques primitives et sauvages.

Pour se soigner, ils tentèrent donc d’acclimater les plantes médicinales européennes au nouveau continent.

Cependant, inévitablement, certains aventuriers, trappeurs, furent témoins et bénéficiaires directs des pratiques médicinales indiennes.

Ils s’aperçurent que les Indiens possédaient des remèdes efficaces.

Mais fallut attendre trois siècles pour qu’un médecin, Samuel Thompson, finisse par réellement s’intéresser à la médecine des Indiens d’Amérique, et à la diffuser.

Samuel Thompson : un médecin un peu filou

Samuel Thompson ne fait pas exception : comme la plupart des personnages qui marquèrent l’histoire de la médecine, il était un peu… filou.

Il prétendit avoir « inventé » une nouvelle discipline, le physiomédicalisme.

Son but était de faire fortune et il affirmait avoir mis au point un « régime curatif » à base de substances émétiques (qui font vomir), purgatives (qui vident les intestins) et stimulantes, et de bains de vapeur.

Sans le dire à personne, il tenait ses plantes des Indiens d’Amérique, et c’est chez eux également qu’il avait découvert les vertus des tentes de sudation (des tentes dans lesquelles on allume un feu pour élever la température et provoquer un effet sauna).

Ses plantes mystérieuses étaient en fait des plantes indiennes :

  • La lobélie, aux effets émétiques, sédatifs et tonifiants. Elle est utilisée en comprimés pour relaxer les petits muscles des bronches et soulager l’asthme.
  • L’échinacée, très répandue de nos jours en magasin bio, une plante qui stimule l’immunité et protège contre les infections ; elle est utilisée en tisane ou en teinture-mère contre le rhume.
  • L’hydraste du Canada, tonique et anti-inflammatoire, prescrite de nos jours pour la convalescence
  • Le poivre, plante stimulante
  • La vératre, aux vertus purgatives
  • Le bois piquant (Zanthoxylum americanum), utilisé contre les déficiences respiratoires.

De fait, le « régime curatif » du Dr Thompson était efficace : en élevant la température du corps, en dilatant les vaisseaux sanguins et en renforçant le système immunitaire, cette cure accroissait la résistance aux infections et accélérait la cicatrisation. Les « physiomédicalistes » connurent un grand succès à partir de la fin du XIXe siècle – succès qui ne fut bien sûr pas attribué à ses véritables auteurs.

Le Dr Wooster Beech fait se rencontrer médecines indienne et européenne

Plus honnête fut le Dr Wooster Beech, vingt-cinq ans plus jeune que Thompson, qui créa la médecine « éclectique », née du mariage fécond entre les plantes médicinales indiennes et européennes.

L’éclectisme connut un grand succès aux Etats-Unis et comptait 8000 membres en 1909.

Ils firent découvrir aux populations d’origine européenne les vertus de l’actée à grappes, contre les rhumatismes, de l’onagre, dont on fait une huile qui resserre les pores de la peau et est très utilisée aujourd’hui en produit de beauté, de la damiana comme antidépresseur, l’eschscholzia (ou pavot de Californie) qui favorise doucement le sommeil, l’hamamélis, indispensable en dermatologie et encore aujourd’hui parmi les stars de la médecine naturelle.

Déclin de la médecine indienne en Amérique

Mais la phytothérapie (médecine par les plantes) américaine déclina rapidement après 1907, quand le gouvernement commença à subventionner les études médicales portant sur des médicaments chimiques qui prirent le dessus sur les produits naturels.

Les laboratoires se servirent néanmoins des plantes en usage chez les Indiens pour y rechercher d’éventuelles molécules actives.

Très peu de personnes le savent, mais la première pilule contraceptive produite par les laboratoires Syntex dans les années 1950 fut élaborée à partir d’un stéroïde naturel, proche de la progestérone, découvert dans l’igname sauvage.

L’igname sauvage était bien connue des Aztèques du Mexique, qui l’utilisaient comme antidouleur et contre les rhumatismes. Et de fait, les stéroïdes présents dans l’igname sont des molécules de la famille de la cortisone, le traitement utilisé aujourd’hui contre l’arthrose aigüe. Il est naturel que l’igname ait des vertus anti-inflammatoires et antidouleur.

Les civilisations maya et aztèque possédaient de solides connaissances sur les plantes médicinales : c’est grâce à elles que l’on connaît la damiana, un puissant aphrodisiaque, et le prosopis, utilisé en lotion pour les yeux jusqu’à nos jours.

Place centrale du chamanisme

Les plantes de la médecine des Indiens d’Amérique étaient principalement utilisées par les chamans, dans le cadre de rites magiques.

De la Sibérie à l’Amazonie, toutes les sociétés chamaniques admettent que l’âme d’un patient gravement malade se trouve sous l’emprise de forces maléfiques.

Tabac, piment de Cayenne, ail et peyotl, une substance hallucinogène, étaient utilisés non par le malade lui-même mais par le guérisseur qui cherchait ainsi à atteindre le monde des esprits, libérer le malade de ses démons, ou encore obtenir la révélation du traitement efficace.

Cette conception religieuse de la maladie nous est devenue très étrangère. Personne ou presque ne serait rassuré, dans nos sociétés de voir son médecin prendre des « drogues » pour obtenir la « révélation » du traitement à appliquer.

Je ne me prononcerai donc pas sur l’efficacité de ces pratiques, n’ayant pas été initié aux mystères du chamanisme…

Mais pour l’usage des plantes, c’est sûr, les Indiens nous ont laissé de beaux trésors.

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

Sources de cet article :

Virgil Vogel, La médecine amérindienne, 1970.

Martin de la Cruz, Le manuscrit Badianus, 1552.

Encyclopedia of Medicinal Plants, Dorling Kindersley Ltd, Londres, 1996.

 

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didier bonomini
didier bonomini

bonjour, je souhaiterai ajouter simplement que le bois utiliser pour la construction de la hutte à sudation (inipi) est le saule blanc, autre plante médicinale. La cérémonie de la hutte à sudation se passe en quatre étapes durant lesquelles on nettoie les corps physique, émotionnel, mental et spirituel. Chaque nettoyage… Lire la suite »

Jean-Louis Morel
Jean-Louis Morel

Cher Monsieur Dupuis, tout d´abord merci pour vos lettres qui contribuent à la sauvegarde de nos plantes, de la phytothérapie et de l´herboristerie, mais aussi à la protection du sens critique, une espèce en voie de disparition mais que vous connaissez particulièrement bien. À ce titre j´aimerai vous faire une… Lire la suite »

DUMOUTIER Daniel
DUMOUTIER Daniel

Personne ne se pose la question, d’où tout les chamans du monde entier, sans exception, tiennent-t-ils leur pouvoir et leurs connaissances étonnantes des plantes qui soignent ? Si vous le saviez vous comprendriez beaucoup de choses qui vous échappent sans cette connaissance et vous ne vous poseriez plus la question.… Lire la suite »