L’hôpital qui soigne… au whisky !

26/12/2014
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J’adore quand des lecteurs me signalent de bonnes nouvelles que je n’avais pas vues.

Depuis septembre 2014, le CHU (centre hospitalier universitaire, autrement dit l’énorme hôpital) de Clermont-Ferrand, a décidé d’autoriser ses patients en fin de vie à boire du whisky [1].

Et non seulement ça, mais l’hôpital a décidé de créer un bar à vin, dans lequel pourraient bientôt être servis des grands crus, c’est-à-dire des vins issus d’une vigne reconnue pour son exceptionnelle qualité, dans une atmosphère conviviale.

Moins bien traité qu’un condamné à mort

Il est vrai que la situation actuelle était grotesque : sous prétexte qu’on était à l’hôpital, les « patients » en soins palliatifs (fin de vie) étaient privés de la plupart des petits plaisirs de l’existence.

Mais à quoi bon, je vous le demande, priver une personne dont le décès à court terme est médicalement certain, de boire un verre du whisky si ça lui fait plaisir ?

Au nom de quoi vouloir empêcher un patient en fin de vie de manger ce qu’il aime, même si c’est « mauvais pour la santé », voire – vous allez voir que j’ose tout 🙂 – manger du poulet rôti avec la peau grillée, avec des frites et de la mayonnaise (avec les doigts), du steak saignant au barbecue avec plein de béarnaise, se bourrer de « banana split » (avec double crème chantilly) fumer une cigarette, ou même… des cigarettes, si le patient aime ça, et s’il le peut bien sûr ? Et voir des films drôles !

Et j’irais encore plus loin : il faut le faire – si on en a la force. Car lorsqu’un patient est « condamné » par la médecine, il y a toujours un espoir de guérison. Mais encore faut-il que le patient ait en lui les forces spirituelles de vouloir guérir.

Le corps étant à bout, ce sont les forces de l’esprit qui pourront faire la différence. Les guérisons « miraculeuses » ont souvent lieu dans un contexte de reprise d’espoir, de redécouverte du sens de la vie, chez le patient qui trouve une excellente raison de guérir… et guérit. Il est donc capital de tout miser sur le moral du patient. Son environnement, son entourage humain sont alors déterminants, et je prétends que si l’on créait dans tous les centres de soins palliatifs des endroits où l’on prend du bon temps, on assisterait plus souvent à des miracles.

Beaucoup y travaillent activement, comme le Centre Jeanne Garnier à Paris, et c’est tout à leur honneur.

Certains s’offusqueront du coût, mais un séjour en soins palliatifs coûte en moyenne 6529 euros [2]. Un verre de whisky coûte 3 euros. Un verre tiré d’une très bonne bouteille coûte 5 euros. Un paquet de cigarettes coûte 4 euros.

Et nous parlons de personnes qui, généralement, n’en ont plus que pour 2 semaines à vivre ! À quoi bon prétendre leur faire la morale ? Leur imposer des privations jusqu’au dernier moment ? Autrefois, le condamné à mort lui-même, quel que soit son crime, avait droit à une dernière cigarette. Aujourd’hui, des innocents sont condamnés à mourir intubés de partout, mais n’auraient pas le droit de boire un dernier verre, ni de fumer une dernière cigarette, parce que le règlement de l’hôpital l’interdit. Quel scandale. Quel manque d’humanité.

Mais ne nous voilons pas la face : si cela n’a pas été fait plus tôt, ce n’était pas à cause du coût, mais à cause de réglementations tatillonnes et imbéciles.

Alors bravo au Dr Virginie Guastella, du CHU de Clermont-Ferrand, qui a su dire « m*** » au règlement et aux ronchons.

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

PS : Les abonnés d’Alternatif Bien-Être se souviennent peut-être de cette histoire (vraie) :

 

Une dernière faveur ? C’est non !

Thérèse H. avait presque cent ans. La vie lui adressait un dernier sourire, une embellie fugitive, le dernier soleil avant la nuit. Et avant de partir, sans drame, il lui restait juste une dernière envie, une dernière faveur à demander.

Il fallait que ce soit bien important pour qu’elle ose ! Thérèse avait toujours eu scrupule à déranger, à réclamer quoi que ce soit… Elle était discrète comme une souris ! Pourtant, ce matin-là, quand le directeur de l’établissement passe la voir, et bien, pour une fois, elle a une requête à lui présenter…

Elle voulait juste un œuf à 30 centimes !

Oh, pas grand chose ! Thérèse, qu’on ne nourrit plus que par perfusion, voulait simplement manger un œuf à la coque !

– Avec une pincée de sel, ajoute-t-elle, et une mouillette, une bonne mouillette de pain frais, bien beurrée.

Le directeur s’empresse d’accepter. Il est heureux de pouvoir donner satisfaction, ému aussi. Car il a bien compris, lui : ce que demande Thérèse, c’est en somme sa dernière volonté.

Sans se douter de ce qui l’attend, le directeur file à la cuisine pour passer commande de son œuf.

Surprise, stupéfaction ! Le cuisinier lui oppose un refus catégorique. Pas question de faire entrer dans l’établissement un œuf dans sa coquille – même de première fraîcheur. Le règlement l’interdit, question de sécurité alimentaire ! L’œuf autorisé, l’œuf réglementaire, c’est un produit en Tetra Brick, un point c’est tout. Ceci pour préserver la santé des pensionnaires.

Le directeur tente vainement de vaincre la résistance de son maître cuisinier, qui ne veut pas se mettre dans son tort. Il s’efforce ensuite de convaincre la diététicienne, mais il est confronté à un argument sans réplique : le règlement, c’est le règlement !

Alors il se tourne vers les associés actionnaires de l’établissement, qui refusent eux aussi toute entorse à la règle ! Il est vrai qu’on risque gros, l’interdiction, la fermeture, si la « faute » commise venait à s’ébruiter et arriver aux grandes oreilles de l’autorité administrative.

Voilà pourquoi Thérèse a attendu son œuf. Elle s’est étonnée de ne pas le voir arriver. Elle s’est demandé pourquoi on lui refusait ce dernier petit plaisir… Puis elle est morte, le lendemain, en silence.

 

Sources de cet article :

[1] Première au CHU de Clermont-Ferrand: un bar à vins pour les patients en fin de vie

[2] Soins palliatifs: un système pervers

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Commentaires sur l'article
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40 Commentaires sur "L’hôpital qui soigne… au whisky !"

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Evelyne MARIUS
Evelyne MARIUS
Il y a un virus bien plus redoutable que toutes les maladies réunies, c’est celui de la bêtise ! L’histoire de l’œuf de Thérèse en est un exemple, mais ce que j’entends moi, dans cette histoire c’est qu’il n’y a pas de lieu où on a le plus peur de… Lire la suite »
Guy
Guy

que du bonheur de lire ce genre d’article, bravo à celles et ceux qui remue le cocotier bureaucratique

fournier
fournier

il y a 40 ans, chef de service de neuropsychiatrie des hôpitaux militaires, je signais des bons pour des 1/2 bouteilles de champagne pour des patients en fin de vie…..c’était un antidépresseur reconnu mais dont notre intendant surveillait de près l’usage. Je préfère cela au whisky,de loin

ESTRANGIN
ESTRANGIN
C’est vrai que les derniers moments d’un patient à l’Hôpital sont austères, ailleurs aussi sans doute. Maintenant réfléchissons un peu avant de nous indigner. Vous êtes un patient bien malade, mais pas bien décidé à partir, et l’infirmière vient guillerette vous dire que à partir d’aujourd’hui vous pouvez boire et… Lire la suite »
Pascal SOLAL
Pascal SOLAL

D’accord avec vous, à un détail près: un paquet de cigarettes ne coûte pas 4 €, mais près du double.
Merci.

Jacquie
Jacquie
Super cet article ! Mais pour Thérèse, il aurait été tout de même bien facile au directeur de lui porter un oeuf de chez lui, sans passer par les cuisines, dététicienne, etc… Il a été trop consciencieux ! J’ai moi même eu mon père de 96 ans à la maison… Lire la suite »
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