Cancer : le remède oublié

07/05/2014
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Nous sommes en 1890 à New York. Il fait nuit. Le Dr William Coley se tourne et se retourne dans son lit. La veille, ce jeune chirurgien de 28 ans a, pour la première fois, vu mourir une de ses patientes. Cette patiente, Elizabeth Dashiell, est morte d’un cancer des os. Et le Dr Coley est submergé par un sentiment de culpabilité et d’impuissance.

Au petit matin, il sort de chez lui. Mais au lieu de se rendre, comme d’habitude, au New York Cancer Hospital où il travaille, il décide de partir pour Yale. Yale est la grande université qui se trouve à deux heures de train au nord de la ville, dans l’état voisin du Connecticut. Yale était déjà, à l’époque, réputée mondialement pour sa faculté de médecine. La bibliothèque universitaire conserve des archives qui couvrent toutes les maladies connues à ce jour, décrivant précisément les cas de millions de malades.

C’est dans ce gisement prodigieux que le Dr Coley va rechercher des cas de « sarcome » semblables à celui qui a tué sa patiente. Le sarcome est une sorte de cancer. Le Dr Coley espère trouver des cas dans lesquels des patients, touchés par le même cancer que sa patiente, auraient guéri. Car il est convaincu qu’il existe, quelque part, un traitement qui aurait pu la sauver.

Plus de deux semaines durant, ses recherches sont vaines. Il épluche des kilos de dossiers poussiéreux. Mais la conclusion est toujours la même : patient décédé. Il commence à désespérer lorsqu’un soir, alors qu’il est sur le point d’abandonner, il fait une étonnante découverte.

Guérison mystérieuse

Le Dr Coley a mis la main, sans le savoir, sur un cas qui va révolutionner le traitement du cancer. Il découvre en effet le dossier médical complet d’un homme dont le sarcome a mystérieusement disparu après avoir attrapé une maladie infectieuse. Cette maladie, pratiquement disparue aujourd’hui, s’appelle l’érysipèle. C’est une infection de la peau due à une bactérie, le streptocoque. Elle se manifeste par de grosses plaques rouges, qui peuvent toucher le visage, mais plus souvent les jambes, et s’accompagne de fièvre. Mais ce n’est pas une maladie grave.

Aussitôt après avoir attrapé l’érysipèle, le sarcome de ce patient a donc brutalement disparu. Le Dr Coley chercha d’autres cas semblables et en trouva plusieurs dans les archives, dont certains remontaient à des centaines d’années : leur cancer (sarcome) avait disparu après une simple infection de peau !

Il découvrit que d’autres pionniers de la médecine comme Robert Koch (qui découvrit le fameux bacille de Koch, responsable de la tuberculose), Louis Pasteur, et le médecin allemand Emil von Behring, qui reçut le premier prix Nobel de médecine en 1901, avaient eux aussi observé des cas d’érysipèle coïncidant avec la régression spontanée de cancers.

Convaincu qu’il ne pouvait pas s’agir d’un hasard, le Dr Coley décida d’inoculer volontairement le streptocoque (bactérie) responsable de l’érysipèle à l’un de ses patients touché par le cancer de la gorge. L’expérience fut menée le 3 mai 1891 sur une homme appelé M. Zola. Immédiatement, son cancer régressa et l’état de santé de M. Zola s’améliora considérablement. Il retrouva la santé et vécut huit ans et demi de plus.

Le Dr Coley créa une mixture de bactéries mortes, donc moins dangereuses, appelée Toxines de Coley. Cette mixture était administrée par injection jusqu’à entraîner de la fièvre. Il fut observé que le remède était efficace, y compris dans le cas des cancers métastasés.

Un jeune de 16 ans sauvé du cancer

Le premier patient à recevoir les Toxines de Coley fut le jeune John Ficken, un garçon de 16 ans atteint d’une tumeur abdominale massive. Le 24 janvier 1893, il reçut sa première injection, qui fut répétée ensuite tous les deux ou trois jours, directement dans la tumeur. A chaque injection, il faisait une poussée de fièvre… et la tumeur régressait. Dès le mois de mai 1893, soit 4 mois plus tard, la tumeur n’avait plus qu’un cinquième de sa taille originelle. Au mois d’août, elle n’était pratiquement plus perceptible. John Ficken fut définitivement guéri du cancer (il mourut 26 ans plus tard d’un infarctus).

Comment cette découverte fut tuée dans l’œuf

Mais les Toxines de Coley se heurtèrent à un redoutable « concurrent » : le développement des machines à rayons radioactifs (radiothérapie), plus facilement industrialisables.

Coley lui-même s’équipa de deux machines de radiothérapie. Mais il conclut rapidement à leur moindre efficacité. Pendant quarante ans, il continua à utiliser avec succès les Toxines de Coley, jusqu’à sa mort le 16 avril 1936.

Le formidable business de la chimiothérapie prit ensuite le relais pour garantir que ce remède, bien plus simple, moins dangereux, et surtout beaucoup moins coûteux, reste dans les oubliettes de la médecine.

1999 : les Toxines de Coley ressortent des cartons

L’histoire ne s’arrêta pas là, heureusement. En 1999, des chercheurs ouverts d’esprit reprirent les archives laissées par le Dr Coley. Ils comparèrent ses résultats avec ceux des traitements les plus modernes contre le cancer. Et ils s’aperçurent que ses résultats étaient supérieurs !

« Ce que Coley faisait pour les malades du sarcome à l’époque était plus efficace que ce que nous faisons pour ces mêmes malades aujourd’hui », déclara alors Charlie Starnes, chercheur chez Amgen, une des premières sociétés mondiales de biotechnologie, qui travaille en France avec l’Institut National du Cancer.

La moitié des patients de Coley touchés par le sarcome vivaient dix ans ou plus après le début du traitement, contre 38 % avec les thérapies les plus récentes. Ses résultats auprès des patients malades du cancer des reins et du cancer des ovaires étaient également supérieurs.

Un grand espoir pour les patients malades du cancer

Aujourd’hui, une société américaine, MBVax, a repris les recherches sur les Toxines de Coley.

Bien qu’elle n’ait pas encore mené les études à grande échelle nécessaires à leur commercialisation, 70 personnes ont bénéficié de cette thérapie entre 2007 et 2012.

Les effets ont été si positifs que la grande revue scientifique Nature s’en est fait l’écho au mois de décembre 2013 [1]. L’information a également été reprise par le magazine français Le Point, le 8 janvier 2014 [2].

Les personnes qui ont pu bénéficier de cette thérapie non-homologuée étaient des personnes touchées par des cancers en phase terminale, dont des mélanomes, des lymphomes, des tumeurs malignes dans le sein, la prostate, les ovaires. Il est d’usage en effet dans les hôpitaux de permettre aux personnes dans des situations très difficiles de se tourner vers des thérapies innovantes, qui sont refusées aux autres.

Malgré l’extrême gravité de ces cancers, les Toxines de Coley provoquèrent une diminution des tumeurs dans 70 % des cas, et même une rémission complète dans 20 % des cas, selon MBVax.

Le problème auquel la compagnie se heurte aujourd’hui est que, pour mener les essais à grande échelle exigés par la réglementation actuelle et construire une unité de production aux normes européennes ou nord-américaines, les besoins de financement se chiffrent en… centaines de millions de dollars.

Ce qui était possible en 1890 dans le cabinet d’un simple médecin new-yorkais passionné par sa mission est aujourd’hui devenu quasi-impossible dans notre monde hyper-technologique et hyper… étouffé par les réglementations.

Espérons qu’un chercheur saura trouver les arguments propres à convaincre les experts des comités qui président à l’avenir de notre système de santé, qu’un peu d’audace et un peu de liberté sont indispensables pour permettre le progrès et sauver des vies. Mais ça, je doute que les bureaucrates qui nous gouvernent le comprennent facilement.

A votre santé !

Jean-Marc Dupuis

PS : Je reviens régulièrement dans mes chroniques sur les nouvelles thérapies anti-cancer découvertes ou redécouvertes par la recherche scientifique. Si vous n’êtes pas abonné à La Lettre Santé Nature Innovation, je vous invite à faire l’essai en inscrivant votre adresse de messagerie électronique dans la case prévue à cet effet à gauche de votre écran.

 

A votre santé,

Sources de cet article :

[1] DeWeerdt S. Bacteriology : A caring culture. Nature 2013 Dec 19;504(7480):S4-S5.

[2] Ce vaccin contre le cancer… qui ne sera pas commercialisé

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Commentaires sur l'article
''Cancer : le remède oublié''

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104 Commentaires sur "Cancer : le remède oublié"

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CARDAMOME
Les bactéries sont nos amies; elles viennent faire le nettoyage. La courbe des cancers a grimpé lorsque la tuberculose a été vaincue par le vaccin…a méditer depuis nous avons eu notre lot de salo…s ; là où on élimine les germes, ils se renforcent pour revenir nous aider à éliminer… Lire la suite »
becquart
becquart

merci d’expliquer la méthode gardelle?

Flahaut
Flahaut

Eh bien qu’est qu’on attend! ah oui l’argent toujours l’argent.

pkde01
pkde01
Petit fils, fils de médecin et médecin moi même, j’ai le souvenir de mon père qui après guerre (39/45) envoyait chercher chez le garagiste local les plus sales souillures pour les injecter à certains malades et sans doute (espérer ?) les guérir. Je n’ai hélas pas d’autre information à ce… Lire la suite »
David
David

Ça s’appelle de l’immunothérapie et c’est loin d’être oublié comme le prétend cet article truffé de contre vérité (l’erysipele est une maladie assez courante) et d’approximation qui n’a pour but que de médire sur les médecins et les industries pharma.

spondylo
spondylo
il ne s’agit pas de medisance puisque c’est simplement relater les faits! sur les 7 à 8000 maladies chroniques recensées, combien la medecine en guerit-elle? ZERO! en plus on doit à la medecine 40000 morts par an (chiffres d’organismes gouvernementaux) En matière de cancer et de maldies cardio-vasculaires les resultats… Lire la suite »
agar
agar

Pouvez-vous ns donner 1 explication sur le succès de cette méthode; je n’ai pas compris comment les cellules cancéreuses disparaissaient. D’autant plus que l’injection de virus inoculés fait penser aux vaccins qui, eux, n’ont jamais sauvé personne. Merci

Titi
Titi
Il ne s’agit pas d’un virus comme dans les vaccins mais d’un cocktail de bactéries… Et par ailleurs, ce ne sont pas ces bactéries qui amènent à la guérison partielle ou complète mais bien la Fièvre qu’elles provoquent en réaction de défense de l’organisme! Il n’est pas aisé de guérir… Lire la suite »
agar
agar

Merci.

David Brassard
David Brassard
Vous voulez rire ? Les vaccins n’ont jamais sauvé personnes ? Dans quel monde imaginaire vivez vous ? La variole à elle seul tuait environ 50 millions de personnes par année, la vaccination à mené à son éradication dans tout les pays où le vaccin obligatoire à été appliqué. On… Lire la suite »
Dav
Dav

juste pour info, l’éradication de la variole n’est pas due aux vaccins :
http://www.infovaccin.fr/l-eradication-de-la-variole.html
Renseignez-vous un peu plus avant d’affirmer de telles choses.

Doctorix
Doctorix
Les vaccins n’ont jamais sauvé personne…. C’est tout à fait exact, et j’ajouterai qu’ils tuent très souvent, mais on n’ pas le temps de s’occuper des ignorants ni des indécrottables ici. Par contre, je rejoins Davis Gauthier de tout coeur à propos de l’intérêt de respecter la fièvre. Il est… Lire la suite »
spondylo
spondylo
« Vous voulez rire ? Les vaccins n’ont jamais sauvé personnes ? Dans quel monde imaginaire vivez vous ? » c’est toi qaui vit dans un monde irréel, c’est selui de la publicité et du marketting, il faudrait que tu commences par te renseigner avant d’ecrire de telles inepties, jamais une maladie… Lire la suite »
Dav
Dav
En fait les bactéries activent l’apoptose des cellules cancéreuses (mort programmée des cellules, le problème des cellules cancéreuses est qu’elles refusent le signal de mort programmée, parmi d’autres dysfonctionnements), par plusieurs phénomènes, le cannabis a aussi cette action, c’est pourquoi il guérit, ou au moins réduit significativement, le cancer du… Lire la suite »
Romjpn
Romjpn

Ce traitement semble disponible en Allemagne notamment, aux Etats-Unis et au Japon (une seule clinique pour le Japon). Mais ne comptez pas vous faire rembourser par la sécu…

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